[Art. 2] Pour qui(s) tu te prends?Prend 10 minutes de ta life à lire

bibisobel

Toi-même tu sais désormais : le cerveau t’oblige à convertir les choses dans ton langage, pour que les faits collent avec tes petites ou grosses névroses. Du coup, la question doit être posée (pas posay !) : pour quoi, ou pour qui(s) te prends-tu, petite merde ?

Réponse : tu te prends principalement pour deux choses : Dieu (en tout cas, le centre de l’Univers), et Caliméro (en tout cas, un pauvre petit être soumis à la méchante prédestination du vrai Dieu. t’es pas non plus assez con pour vraiment croire que tu as tout créé).

Et avec ça comme seul bagage, malheureusement, tu vas pas bien loin. Déjà, ces deux concepts sont totalement paradoxaux : t’as déjà vu un dieu se plaindre de pas avoir eu de chance dans la vie ? T’as déjà vu une planète se dire « ta race maudite, j’ai vraiment une sale place dans la galaxie, fait iech » ? Non. Et pourtant, toi, tu le fais. Pourquoi ?

C’est tout le paradoxe de la condition humaine : tu connais déjà la fin du film (spoiler : tu crèves comme une merde et tes particules sont recyclées par la Nature) et pourtant, toute ta vie tournera autour de ton remboursement de crédit. Mais comment diable en es-tu venu à ces extrémités, toi, être doté d’une conscience et d’un libre arbitre ?

Je te mets les éléments de réponse en vrac, tu prends ce qui te plaît dedans, OK ?

  1.  Tu as eu une enfance dite « pas gé-gène » ponctuée de cris, de coups, de menaces de suicide, etc. tu as donc développé un Syndrome de Stress post-Traumatique en grandissant. Ouais mec, le même que ceux qu’ont fait la guerre chopent.
  2. Tu as eu une enfance hypra normale, ponctuée de kermesses d’école, de Parc Astérix et de « t’es le meilleur gosse du monde ». Tu as donc développé un complexe de supériorité, qui t’empêche de faire face à ce que tu ne peux pas contrôler.
  3. Tu as eu une enfance qui mélange un peu les deux premiers points, et surtout, tu as eu très tôt la télé dans ta chambre. Tu as donc développé une schizophrénie sociétale à force d’être abreuvé de normes étatiques à mille lieues de ta vraie vie (celle qui est devant tes yeux, pas dans ta tête.)
  4. Tu as été abandonné dans une décharge publique et récupéré par une meute de loups dont tu es devenu une sorte de prophète, jusqu’à ce qu’un chasseur perdu te récupère vers 17 ans. Bon, pour ce genre de cas, j’ai pas trop de réponse. Dépatouille-toi avec Doctissimo car c’est assez complexe.

Pourtant, tu te crois plus fort que ton conditionnement, qu’il soit parental, scolaire, sociétal ou professionnel. Bah raté. Si tu crois ça, tu vaux pas mieux qu’une tablette de Crunch qui clame haut et fort ne pas avoir un plastoche bleu autour d’elle. Ou encore, un hipster en skinny camel et chemise à carreaux, qui se tue à t’expliquer à travers sa barbe de deux ans, qu’il chie sur la mode.

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Ouais, la peur, cette bonne vieille peur. La peur du tonnerre qu’ont subie nos ancêtres, la peur du cataclysme chez nos contemporains. Même style de bouzes, sauf que nous, on sait le pourquoi du comment. La peur, c’est ce qui te pousse à acquérir une idéologie. Comme avec ton ego, tout ça a pour but de te rassurer. C’est comme ça que tu vas te retrouver année après année avec des psychos qui te harcèlent et te gueulent dessus et te rabaissent, et que tes potes diront que « vraiment toi, t’as pas de chance en amour ». Ouais voilà, t’as rien à voir là dedans, Dieu-Caliméro.

En vrai, t’as décidé de rester dans ta merde, mais pourquoi ? Facile : c’est ce que tu connais. Ce à quoi tu es habitué. C’est pourri, mais au moins, c’est stable et constant, donc ça te fait mal, mais pas peur. C’est déjà ça, se dit ton subconscient. Toi, au fond, tu sais que t’es pas une merde (puisque tu es une sorte de dieu), mais la société arrête pas de t’en faire douter.

Alors, la merde que tu te forces à bouffer chaque jour, tu trouves pas ça hyper épanouissant, mais ça a l’avantage d’être normal. Ahhh, on y vient : cette fameuse norme. La pute. On va rester sur le hipster pour simplifier l’exemple.

Le hipster qui boude pasque tu lui dis qu’il est fashion victim, qu’il s’est mis tout seul dans une case. Quel orgueil mal placé, non ? Cercle vicieux : l’orgueil, c’est la dépendance à ton ego, provoquée par la peur (ouais, encore elle) de ne pas être aimé par tous. Si tu lui dis qu’il appartient à une classe de gens, même « normale » au vu de la société, il rejette l’idée. Pourquoi ? Pasque ça l’exclue de l’appartenance à toutes les autres classes (les emo, bcbg, casual, kéké, etc). Et pourtant, fatalité, à la base, c’était pour se démarquer des autres (ces moutons) qu’il était « devenu » hipster. Triste.

Conclusion : on est tous schizos, à notre échelle. On veut se rapprocher de la norme, mais pas trop quand même, pour se prétendre à la fois exceptionnels et socialement adaptés. Jvais pas te faire plaisir en disant ça, mais coco, c’est totalement impossible. Pasque la norme c’est un beau concept, mais c’est rien d’autre qu’une moyenne. Droite + gauche = centre. Meuf, c’est grâce à la droite et à la gauche qu’il y a un centre. Pas le contraire. C’est pas genre, au début ya eu un centre, un noyau parfait, et t’as des ptits malins qui se sont dit « tiens, moi jvais partir de l’autre côté, adios. »

De plus, et ça c’est la seule constante : toute putain de chose en ce bas-monde change, et ce, continuellement. Ah. Je te sens te demander « mais putain si tout change tout le temps, qu’eski est vrai ? »

Ouh con. Jocker. Azy, donne-moi ta définition de vrai. Vrai moral, vrai empirique, vrai constant, vrai cyclique, vrai réel ?

C’est bon tu craques, t’as envie de retourner regarder des vidéos de chats ?

Tant mieux, ça veut dire que tu commences à toucher l’humiliante notion de : tu ne sais foutrement rien à rien et tu n’es qu’une merde. Bizarrement, ça fait plutôt du bien, non ?

On est tous des gros losers. Ceux qui ont tout se plaignent de tout ; ceux qui n’ont rien s’émerveillent d’un rien.

On nous a biberonnés à un beau ptit mélange de surabondance et de culpabilisation. Ce système fonctionne hyper bien en France. Tu finis par avoir le cul entre deux chaises tout le temps : tu te trouves quand même pas mal chanceux de pas habiter en Corée du Nord, et en même temps, tu trouves qu’avec 700 boules de chomdu, tu es rendu clochard par cette merde de Capitalisme forcené.

Alors, comment on fait pour pas se tirer une balle de suite ni rentrer dans une secte ?

Bjork, la meuf qui a lancé les modes du selfie ET de la duck face en même temps. Fortiche.
Bjork, la meuf qui a lancé les modes du selfie ET de la duck face en même temps. Fortiche.

Tu te souviens quand j’ai causé des 90% de ta vie qui se passaient dans ta tête ? C’est avec ça que tu peux bosser. C’est dans ce domaine que tu peux devenir dieu. Les 10 autres %, tu les subiras toute ta life. Alors ok, t’auras bien le droit de t’en plaindre, de cette météo de merde, de ces chauffards de merde, de ces politiciens de merde. Mais si tu passes tes 90% à râler des trucs que tu ne contrôles pas, tu vas juste être malheureux toute ta courte existence, et emmerder tout le monde par la même occasion. Tiens, une corde.

En vouloir à vie à quelqu’un qui t’a un jour foutu une claque, c’est pas une obligation : comme pour la peur, c’est un choix. On y reviendra plus tard, mais laisse moi impliquer également ici, que cette claque, en fait, t’a fait beaucoup de bien sur le long terme. Ah ha ? Tu verras.

Donc pour commencer à gérer tes 90%, un ptit conseil : déculpabilise de suite. C’est pas grave si t’es hipster, ou si t’en veux à mort à ton ex, ou si tu grattes tes potes pasque tu gères pas ta thune. Comme l’a si bien résumé Cioran : « on ne peut pas être à la fois vivant et normal ». Et attention malheureux ! Plus tu essaieras de te détacher de ces idées relous « chuis pas normal, jdevrais changer », plus elles reviendront en force. Ta pote qui sait toujours tout et qui va t’asséner un formel « azy, pense juste à autre chose », je t’autorise à lui en retourner une la prochaine fois. Si quelque chose te booste l’encéphalogramme, au contraire, faut se pencher sérieusement sur la question. Quand un fantôme vient squatter tes rêves nuit après nuit, t’as 2 options : ne plus dormir, ou affronter le fantôme et t’en faire un pote. Bizarrement, quand il devient un pote, il finit par se barrer tout seul, petit à petit. Syllogisme implacable : c’est quand on regarde nos peurs bien en face qu’elles disparaissent. Magique, hein ? Donc, si tu acceptes tes différences, tu apprendras à les contrôler, et tu pourras continuer à vivre en société comme tout le monde. C’est ça où la secte, poto.

On l’a vu, tout change tout le temps. Donc, toi aussi, tu changes au gré des circonstances, que tu le veuilles ou non. Ah, tu le veux pas du tout ? Tu te trouves parfait comme t’es et ne veux rien changer ? OK, alors tu as ptit truc à faire pour cela : il va te falloir remplacer ton idéologie (celle que t’a refilé papa, l’école ou la télé) par un truc beaucoup plus gangsta : des valeurs. Une fois que t’as compris qu’il ya pas de norme obligatoire, que tu peux faire ske tu veux (dans un cadre légal hélas) tu peux enfin évaluer tes valeurs. Appelle ça comme tu veux : code de l’honneur, mantra, manifeste perso, cahier des charges. Bref, une liste de trucs fixes que tu te refuses à modifier. Même si la situation change. Ça va de « je ne mangerai jamais en moins de 20 minutes » à « je promis-jure de continuer à aimer mon mari pour le meilleur et pour le pire, même s’il essaie de me buter pour l’assurance-vie ». C’est à toi de voir.

Mais attention, une fois que tu les as, tes bases, il va falloir… les assumer. Je reprendrai pour conclure une expression d’un auto-proclamé schizophrène : « parfois, faut savoir prendre ses couilles dans ses mains ». De base, on le sait tous, c’est une sensation fort agréable, mode anti-stress naturel. Donc, à force de choisir tes valeurs et de les assumer, tu vas réussir à te calmer, puis à « décoloniser ton imaginaire » de toute ces idées parasitaires (merci premier ministre du Tibet pour cette métaphore). Et ça te fera tout plein de place dans ton disque dur pour y mettre autre chose. Des choses que tu auras choisies tout seul comme un grand. Prêt ?

 

 

 

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