[Art. 3] Les cordons font tes bleusPrend 8 minutes de ta life à lire

liens de merde

Avant d’entamer ta décolonisation, un bref rappel : OK, je t’ai dit de déculpabiliser, tout ça, zen. C’est bien, mais faut pas le faire nawakement. Non petite. Déculpabiliser, c’est pas pareil que: 1- se justifier à tout va en mode Caliméro, en usant de logique moi-je-suis-gentil-c’est le-monde-qu’est-pourri; 2- minimiser son implication, en usant d’euphémismes à la Carpe Diem oublions-tout-vivons-l’instant-présent. T’es pas dans MIB ma poule, tu peux pas te faire flashouiller. Ouais je sais, c’est balot, car ça serait bien pratique. Quoi que.

Bref, ya qu’un truc qui marche un tant soit peu pour pouvoir souffler et prendre du recul sur la trance dans laquelle la vie te plonge : le détachement de ton ego. Bah oui, sans ça, tu seras jamais vraiment libre, jvais t’expliquer pourquoi dans un instant.

Donc ouais, tu penses qu’au fond, étant un être sensé, doué de raison, t’es libre. Libre de bouger, bouffer, baiser, danser, et tout.

Et avec quoi tu fais tous ces trucs cools ?

Bingo : avec ton corps, blaireau.

Donc non, t’es pas libre. A peine t’as pris ton premier souffle, que t’avais déjà un boulet au pied d’environ 3kg : toi-même. Pourquoi tu penses qu’à peu près le monde entier rêve de voler tel l’oiseau ? Voilà.

Le plus chiant, c’est que ton vaillant et libre esprit (n’oublie pas les sages paroles du prophète inca Pagny sur « la liberté de penser ») est enfermé dans ce même corps, au niveau genre du cerveau, ou du bide, ou même du cœur ou des couilles, selon que tu kiffes Einstein, Casasnovas ou Grand Corps Malade.

Bref, tout ça est connecté, que tu le veuilles ou pas, un peu comme la sainte trinité mais en plus actuel : le corps, la conscience, et l’esprit.

Pour simplifier, ton corps c’est ton ordi ; et ta conscience, c’est windows, ton logiciel pré calibré pour savoir faire certains trucs et pas d’autres. Ton jeu de cartes, appelé aussi « main ». C’est ton outil mental, celui qui va te servir à te démerder dans ce monde de brutes. Le souci, c’est que ta conscience est remplie de merdes, ou plutôt d’images bien fixes (odeurs, sons, sensations, un peu comme dans Vanilla Sky) tirées de ton passé (école, parents, taf, films etc). Du coup, tu ne vois plus que ces images, et tu les recherches tout au long de ta vie, pasque c’est la seule chose que t’as connu. Tu savais qu’un « déjà vu » en fait, c’est ton cerveau qui n’arrive pas à associer une image de ton passé à ce que tu vis présentement, et qui beugue ? Ouais, c’est à ce point là que t’es conditionné. Du coup, ton cerveau réplique immédiatement la même séquence et te l’envoie en simultané, ce qui te fait penser que t’as déjà vécu exactement la même chose dans le passé. Sauf que, non. Jte dis, ton cerveau est un blaireau. Méfie-t’en comme de la peste.

Et ton esprit, c’est quoi ? Bah, c’est comment tu utilises ces deux trucs.

Commences par allumer le bouton « on ».

Fait ? C’est bien. Je suis fier de toi.

Donc, comment on gère ces trois trucs ?

Ta réponse : « mon corps je le gère, je vais à la salle 2 fois par semaine, ma conscience je la gère, je fais des sudoku aux chiottes, et mon esprit va très bien, je regarde Arte. »

Félicitations !

Et le reste du temps, tu fais quoi de beau ?

Jocker : tu bouffes, tu dors, tu te détends.

Félicitations !

Et entre tout ça, tu fais quoi de beau ???

Pour le savoir, je t’invite à faire un petit calcul.

Fait ?

Alors, ça donne quoi ? Elles ressemblent à quoi tes émotions ? Tu kiffes ta vie ou bien ?

Si comme je le pressens, c’est calme, un peu trop beaucoup calme, sache que j’aime mieux quand c’est un peu plus moins calme.

Pourquoi ? Le zen c’est pas justement d’en avoir rien à foutre de rien, Furax Fakir à la con ?

Faux.

Le zen, c’est d’en avoir quelque chose à foutre de plus que le reste, et laisser le reste aux cons.

Chéri, si tu bouges ton cul uniquement quand t’es devant une réelle situation de danger, t’es mal parti. Pasque c’est pas la société du moment qui va t’envoyer des vrais dangers. A part le soi-disant terrorisme, les catastrophes naturelles et le chômage, t’as pas grand-chose à craindre. Ouais, ya bien le cancer et quelques pédophiles aussi, si tu veux pousser le bouchon. Mais là de suite, t’as pas faim, ni froid, ni de ptérodactyle qui te court au cul, donc bon, t’es plutôt safe.

Voilà pourquoi tu as pas mal de sensations- surtout des bobos, en vrai, mais peu d’émotions. Le mot émotion, en latin en tout cas, contient le verbe « se mouvoir », donc implique un mouvement, un geste, une action (rougir, bander, gueuler, transpirer, tout ça.) C’est quand la dernière fois que tu t’es battu ? Que t’as sangloté avec la bave et tout ? Que t’as eu mal aux muscles faciaux à force de sourire ? Tous ces trucs de tapettes, c’est pourtant bien utile : ça te permet que toutes tes journées ne se ressemblent pas, sans avoir à changer de situation globale tout le temps. Non poulette, c’est pas pasque tu changes de taf, de mec ou de shoes, que soudainement tu vas ressentir la béatitude de la joie d’être en vie. Ça, ça va t’apporter soit du soulagement, soit du plaisir (pour la différence entre plaisir et bonheur, mate le Happiness Project de George Lucas, le réalisateur).

Selon ton logiciel, ton ego va proposer 4 réactions à toute situation dite de « danger immédiat »

  • Pas bouger
  • Te battre
  • Fuir
  • Flatter

Le souci, c’est que depuis que tu t’es fait toucher le rectum par Tatie Lucette quand t’avais 4 ans, et autres traumas de merde, tu t’es habitué à ne fournir que les mêmes réponses phisiologiques, et tu vois des taties Lucette et son doigt tout fripé partout, te provoquant des réactions de merde alors que Tatie Lucette est canée depuis 1999. Tu vois le truc ?

Comme tu vis dans un monde tout lisse et puritain (rêve pas, on vaut pas mieux que les amerloques sur ce sujet-là), comment tu fais pour expulser ta rage contre tatie Lucette ?

Bah, tu trolles sur le net, ou tu provoques IRL des disputes avec tes proches, afin d’enfin ressentir quelque chose, relâcher la pression que t’inflige au quotidien ce souvenir dégueu. Ça implique que ton égo se foute encore de ta gueule (ce bâtard) : il refoule ta haine, dissocie ta personnalité pour montrer une face présentable au monde, et se met en circuit fermé avec des réponses automatiques.

Voilà pourquoi dès que l’affection de quelqu’un t’es acquise tu te mets à lui cracher à la gueule : c’est l’adaptation hédonique. Et comme tu es accro aux opiate peptides, eh bin perversement, au fond de toi, t’aimes bien quand quelqu’un de proche te gueule dessus.

T’as fini, à force d’être cocooné, par développer une phobie, et en même temps une addiction, au malheur. Ça aussi ça a un nom savant : l’attraction/répulsion. C’est un principe bien réel : le + et le -, la vague sur la plage, les couples on & off, la mode de la mini jupe en jean ; tout est putain de cyclique. En plus de la gravité qui est en gros la seule chose qui fait que t’es pas immédiatement pulvérisé dans l’espace, tu es « circuité » au sein même de ta conscience, par des centres névralgiques de connaissance. En simple, ta bibliothèque, comme dans Interstellar (oui je spoile, et je t’emmmerde): interstellar

Forcément, si tes parents sont toujours ensemble, tu vas estimer que la Vérité, le Bien, la Normalité, c’est de ne jamais divorcer. Basique. Aussi, depuis que t’as acheté ta dernière paire de tennis, tu vois les mêmes un peu partout dans la rue, comme de par hasard. Le reste, tu le zappes. Ça aussi, nom savant : le Biaisement de l’Information. Ton cerveau ne chope et n’enregistre que ce qui se rapporte à ce que tu as dans ton logiciel. Sinon, c’est ton esprit qui partirait dans l’espace, et ça, c’est cool sous champotes, mais faut pas pousser. Ya du taf ici-bas.

Conclusion : oublie ton mantra débile de tox « fume avant que la vie te fume » et remplace-le par « cours après quelque chose avant que la mort te courre après ». Ya pu qu’à définir ce « quelque chose » et tu seras bien. Alors trouve-toi un truc, ou deux, qui sont plus importants que Tatie Lucette, cette vieille pute ; coupe-moi ces putains de cordons qui t’écrasent à terre, récupère ton histoire et recycle-là à ta sauce, et surtout, passe à autre chose. Au boulot ma caille.

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