[ART10] Une vie de rêvePrend 10 minutes de ta life à lire

une vie de rêve

Réveil-Bouffe-Activité-Bouffe-Activité-Bouffe-Dodo. Repeat. Et ce à peu près 32000 fois; voilà le résumé de ta vie: c’est un petit peu cyclique, comme tu le vois. Et pas moyen d’y réchapper, à moins de rentrer en méditation pendant 6 ans, ou de te transformer petit à petit en robot immortel.Pourtant, désormais toi-même tu sais : Tout change, tout le temps. Rien ne dure éternellement. Sauf l’éternité, bien sûr, mais c’est un autre sujet. Il faut donc douter de tout, même du plus évident, et faire preuve d’acceptation radicale devant l’impermanence. OK chef.

Le souci, c’est que ta ptite vie bien rythmée ne laisse pas grand place au changement, et une fois passée la période bénie de ton enfance où tu vois la vie comme une extraordinaire aventure, les choses se fadent rapidement pour en venir à une mortelle torpeur de factures et d’heures sup’ et de discussions creuses et de déjeuners en 20 minutes top-chrono.

enfant

Alors, pour palier à ce ptit souci (celui d’être « adulte ») tu te mets à faire un truc qui semble obligatoire et qui finit par te tuer : tu te mets à résoudre des problèmes. Tu te dis qu’il te faut des trucs pour être heureux : des projets, des sous, des meufs (belles, si possible), des muscles, et tout plein de followers sur Twitter. Tout ce qui paraît rare, par exemple, une place de concert de Céline Dion alors que la meuf est en concert permanent depuis 1998, tu es prêt à y mettre un mois de salaire. Et le pire, c’est qu’en rentrant du dit concert, tu reviens à ton état naturel de pouffiasse éternellement insatisfaite. Alors tu te rues sur la toile pour mettre tes photos de toi et Céline, et rafraîchis ta page pour récolter tes « j’aime », chaque rond rouge marqué d’un chiffre te faisant l’effet d’un shoot d’héroïne.

1- Je te repose la question : c’est quand, le Nirvana ? La satisfaction, la plénitude, l’apaisement ? C’est quand, « assez » ? C’est à partir de combien de zéros à ton compte bancaire ? De combien de coups de bite ou de voitures de sport ou de paires de shoes ou de likes?

2- Une autre chose qu’on t’a imposée de plus en plus jeune, et qui te fout en l’air, c’est le choix. Et c’est bien connu : plus t’as de choix, moins tu en prends, c’est mathématique. Tu veux donc tout, et quand t’en as plein, t’en veux encore plus plein. Mais bordel : c’est quand, « plein » ?!

Ça paraît très glauque tout ça, mais rassure-toi de suite : c’est absolument normal. Tu as été paramétré pour ressentir ça. Pas par des commerciaux ou un quelconque dieu un peu salaud, mais juste par la pire des garces : la nature. C’est très logique : si tu atteignais un jour le Nirvana, qu’est-ce qui te pousserait à te sortir les doigts du cul et à faire des « Activités » au lieu de juste planer et manger des trucs que tu cueilles sur ton chemin (ou même rien manger du tout)? Il te faut des puzzles à résoudre, partout, tout le temps. Et rien de tel que de te filer un corps qui te semble réel, avec ses besoins « vitaux », pour t’occuper à peu près 97% de ton temps. Si tu me crois pas, remate ton tableau [CLE3]. Le corps, c’est le joujou favori de ton ego, car l’ego, c’est le filtre entre toi et toi-même : un rêve de matière, de formes et donc, de séparation.

Alors, tu te contentes de faire un choix crucial qui te suivra souvent toute ta vie : celui de la Vita Contemplativa Versus la Vita Activa. En apparence, ces deux modes de vie sont à l’opposé l’un de l’autre. Mais si tu lis bien le début de ma prose, tu vois que tout le monde a le même cycle. Alors pourquoi choisir entre la neurasthénie et le burn-out , entre devenir hippie ou (auto)esclavagiste? Ben, pour faire comme ta crew. En clair, pour faire comme tes contemporains les plus proches. Voilà pourquoi, par exemple, la plupart des potes font leurs gosses à la suite. Y’en a un qui tombe dans le panneau et hop, ils s’y mettent tous. Validation externe, mec ! Tu commences à entrevoir la vérité vraie : tu n’as jamais quitté l’enfance, en tout cas pas en ce qui concerne le mimétisme bateau qui te manipule vers des choix qui ne sont pas les tiens. Ceci porte le doux nom de normalisme, et pour info, si on était tous « normaux », voici à quoi ressemblerait le monde :

Clique sur l'image, mouton!
Clique sur l’image, mouton!

« Mais grands dieux », t’exclames-tu, « en même temps, si tout le monde faisait nawak, le monde serait un véritable chaos!» A ceci, une seule réponse : clique ici, et reviens me dire en face que c’est pas déjà le cas, afin que je te claque les fesses. Tu me fais penser à la prof de Donnie Darko avec sa vision hyper manichéenne du monde:

« Il y a tout un spectre de possibles entre l'amour et la peur, car c'est le jeu de la séparation, ma pauv' Lucette », répondit Donnie.
« Il y a tout un spectre de possibles entre l’amour et la peur, car c’est le jeu de la séparation, ma pauv’ Lucette », répondit Donnie.

Venons-en au cœur du sujet, si tu veux mal (tu vas lire quand même, t’es accro, avoue). Tout comme à l’intérieur d’une même vie le cycle Réveil-Bouffe-Activité-Bouffe-Activité-Bouffe-Dodo se répète, il en est de même entre tes différentes vies. Attends ! Pars pas de suite en soupirant au bullshit new-age, ça devient intéressant.

Bébé, tout le monde n’a pas la chance d’être Natascha Kampush et d’avoir vécu le paradis, puis l’enfer, puis la gloire au sein d’une même existence, sans même en avoir fait le choix conscient ni être schizophrène. Tu crois qu’elle aurait fini comment sinon, la meuf ? Caissière à Aldi toute sa vie, voilà comment. Sache donc que si dans cette vie-là tu n’as toujours pas compris que toute cette farce ne rimait à rien tout simplement car elle n’est qu’un rêve, et certainement pas la réalité, eh bien tu repartiras pour un tour.

Voilà pourquoi je te répète que tes traumas déjà vécus sont ta force, et pas le contraire : c’est pas qu’ils te forgent une personnalité seulement (la personnalité, c’est de la connerie) mais surtout, ils te secouent un peu, te forcent à voir les choses différemment, au moins pendant la durée de leur exécution (7 ans de viols et de brimades par son ravisseur dans le cas de Natascha, ce qui est tout de même bien plus constructif et badass que de passer tous ses étés dans un camp scout, si tu me permets). Alors ok, la meuf est un peu chelou maintenant, c’est plus la même, quoi. Mais la même pour qui ? Pour ses parents ? Nous, on l’a toujours connue comme elle est maintenant, alors c’était quoi sa personnalité de base ? On s’en branle. Elle est quand même un peu plus réveillée que toi.

Alors, dois-tu choisir entre la Vita Contemplativa et la Vita Activa ? En fait, je le répète : on s’en branle. Tu dois impérativement faire ce qui te plaît. C’est la seule éthique qui soit raisonnable dans ce game. La discorde sociale, voilà qui fait le bonheur des politiques. Et la discorde en toi-même, cette culpabilité sourde qui te tenaille les tripes pasque tu n’es soi-disant pas ske tu dois être, ou ce que tes gosses, potes, profs voudraient que tu soies, ça fait le bonheur de l’ego.

Tu crois que ton taf c’est d’être productif, de construire un empire, de fonder une famille ? Faux. Tout faux. Ton taf, et celui de tous, est de devenir les observateurs de nos vies. Attends, jt’explique. Tu crois que la vita contemplativa c’est pour les moines et les chômeurs, nan ? Et que ces pauvres êtres sont victimes d’un système de pensée préconçu depuis l’enfance, qui les pousse à rien foutre de leur vie, nan ? OK. Et par contre, il est clair que le fait d’être dans la vita activa et de bouger son cul, ne vient que du libre choix de bouger son cul ou pas, sans aucune pression extérieure, hein ? Tu vois à quel point ce raisonnement binaire est erroné ? La prochaine fois que ta tante te fera la morale pasque tu confectionnes des nœuds papillons en bois entre deux jobs de serveur, tu pourras désormais lui montrer cette image parlante :

Ta gueule, mec.
Ta gueule, mec.

Pour bien comprendre le délire, revenons aux bases. T’as raté ton permis pour la troisième fois. Que te dis-tu ? « Putain, je me déteste, je l’aurais jamais ce putain de permis ». Bien. Maintenant, on va aller plus loin que la dernière fois. On reprend : c’est qui « je » ? C’est qui « me » ? C’est pas la même personne. « Me » c’est celle qu’a fait l’acte maudit dans le passé, « je », c’est celle qui juge l’acte dans le présent et qui prédit le futur, celle qui énonce « je me déteste ».

OK. Et maintenant, bonus : qui c’est qui ENTEND « je me déteste » ?

Cette personne-là, c’est l’observatrice, celle qui n’est ni dans le passé, ni dans le futur ; celle qui n’a pas de jugement sur rien, qui est juste là, pépouze, à siroter une binche en profitant du spectacle absurde offert par l’acteur (ton corps) et son juge (ton ego). Erratum : tu n’as donc pas un dual core en toi, mais un trual core. Swaggy swag inception-style. Et surtout, erratum sur Descartes, qui a mal expliqué le truc : c’est pas « je pense donc je suis », c’est « je constate que je pense, donc je suis ». Oui bon je sais, ça fait un peu enculage de mouche, cette affaire. Mais imagines-tu les personnages de tes rêves se poser ce genre de questions existentielles ? Non, car eux, ils ne sont pas réels, jveux dire : leur personnalité, leurs paroles et toussa, tout vient de ton esprit tordu, nan ? Par contre, leur essence (tes pensées) et leur signification pour toi sont réels.

Il faut bien que tu comprennes: tu ne gères pas ni ne décides de tes actes, seulement ton jugement. Une image simple pour les teubés au fond de la classe : un étang. Une pierre.

Tu jettes la pierre dans l’étang. Tu vois les ondulations qui se forment et s’étendent sur la surface de l’eau ? Bon. Bin c’est la même chose avec le big bang. Quand le big bang s’est produit, ça a déjà lancé tous les dés du futur. Tout ce qui se passe n’est que la conséquence de cet événement-là. Logique, nan ? Alors, évidemment que tu peux décider de prendre la rue de droite ou de gauche si tu veux, mais tes décisions se joueront toujours en circuit fermé. Tu restes toujours soumis à une force à la fois cosmique et physique qui te pousse à faire ci ou ça.

bigbang

Conclusion : tout ce que tu as la possibilité de faire ici-bas, c’est de comprendre que rien de ce que tu fais n’a la moindre espèce d’importance, car ce n’est pas « toi » qui fait ces choses, puisque tu fais partie d’un schéma déjà écrit. Ta seule responsabilité, c’est d‘observer tout ce cirque de loin, et d’appliquer ton pardon le plus total et désintéressé à tout ce que tu vois -tes actes et ceux des autres, oui même ceux de ceux qui te font du mal directement, ducon, SURTOUT ceux-là- Et comment tu fais ça ? En captant que leurs actions sont elles aussi conditionnées, espèce de benêt.

Avec ça, exit paranoïa, jalousie, peur, anxiété sociale, moralisme à la con, normes pré-établies, prédictions catastrophistes et tout le tintouin dégueu. Ça soulage, hein ? Il paraît que l’anxiété fait grossir. Alors voilà, je viens de te délester de 2 bons kilos de graisse mentale. Plus que 5 et tu rentreras peut-être dans ton slim préféré cet été, biatch. Heureuse ?

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