[ART15] Des pressions, dépressionPrend 12 minutes de ta life à lire

Alors coco? Tu tsens séquestré, bâillonné, ligoté par la vie? Pas de panique, c’est normal. Je t’explique pourquoi c’est logique que tu déprimes, point par point, avec comme base ce livre déjà bien déprimant. Youpiiiii! Tiens, une corde.

Différence générationnelle: du trop-peu au trop-plein

1- Si t’es né entre 1925 et 1978, on t’a rabâché que « pour avoir ce que tu veux, faut en chier ». Si né après 78, on t’a au contraire répété que tu chiais des paillettes de lavande et que tu étais si merveilleux que tu pourrais avoir tout ske tu désirais. Dans les deux cas on t’a inculqué le grand principe moral que « quand on veut, on peut ». Yes, you can. Rien n’est impossible. Sauf si t’es née après 89 et a essayé d’avoir tes voeux sur APB.

En effet, elle aurait pu, la biatch.

2- La différence avec les anciens, c’est que toi, tu vis actuellement dans un monde de trop-plein, une « prolifération anormalement importante » (définition du cancer, ma poule) : trop de choix, de positivisme, d’amis, de fringues, et surtout, d’information. Tous tes désirs, tu peux les assouvir d’un clic : T’as pas de taf ? Ya Pole Emploi. T’as pas de meuf ? Ya Adopteunmec. T’as pas envie de te faire à bouffer ? Ya Alloresto.

3- Tu ne supportes donc plus le néant, le mystère, la frustration, le tabou, ni l’ennui, et n’hésites plus à stalker tes ex sur instagram durant des heures « juste pour savoir ce qu’ils deviennent », ramenant ainsi continuellement le passé dans ton présent.

La validation externe…internalisée

4- Tu te compares tout le temps aux autres et te demandes qui tu es dans tout ce merdier. Tu cherches une souveraineté à ton entité, dans un système où tout ce qui est étranger est devenu plus important que toi, exotique, digne d’intérêt. Si tout le monde te disait que ce que tu vois de tes propres yeux était une belle connerie, tu ferais genre tu les crois, tellement tu veux paraître normal.

5- Ce trop plein d’information sur des trucs qui ne te concernent pas directement t’amène également à culpabiliser un max. T’as pas de fric ? Et les ptits africains alors ? T’as pas de mec ? Et les gros alors ? T’as pas d’amis ? Et les autistes alors ? Tu trouves pas de taf ? Et les migrants alors ? T’as pas de jambes? Et cette meuf alors? Arrête donc de subir, Calimero.

6- Tout ce qu’il te reste, c’est ton droit absolu au bonheur individuel, ton droit d’être chiante quoi. Puisque depuis que la morale a disparu (coucou les politiciens!) Tu t’enfermes dans un narcissisme rigide. Tu troques le solidarisme pour le solitarisme, si jpuis dire. Cette solitude affirmée mode célibattante  t’isole de plus en plus. Ouais, t’as besoin de personne sur ta Harley Davidson, tu ne crois plus qu’en toi et t’es prête à te barrer à l’autre bout du monde du jour au lendemain, que ton patron t’y force ou non. Tu te floutes pour t’adapter au flou des frontières autour de toi, logique. Tes origines aussi sont floutées, comme par exemple quand t’es un « black » alors que t’es Guadeloupéen, ou « souchien » quand t’es blanc. C’est le principe d’atomisation.

Choisis bien ta team, sodomite.

7- Animal devenu sédentaire depuis le néolithique ya environ 10000 ans, tu as besoin de temps quand tu changes de région, pour faire un truc que l’avènement d’internet en 1994 et de l’avion charter en 1971 t’interdisent désormais : t’acclimater. Forcément quand il te fallait 18 jours de bateau pour partir en Thaïlande, 1-t’y réfléchissais à 2 fois avant de quitter ta crew, 2- tu avais 432h pour appréhender ton voyage sereinement, contre 20 actuellement. Un clic et t’es parti.

8- Comme ton lien avec ta culture (pas de cannabis, guédro va) est annihilé, tu t’en trouves une autre. Ta seule culture devient celle de la dopamine que tu créés quand tu reçois un texto, ou celle d’un verre de vin, ou d’une heure de HIIT, ou d’une partie de game. La gratification instantanée devient ta drogue. Bref, tes addictions te rendent à la fois heureux à court terme et dépressif à la longue.

La gratification instantanée prend trop de temps

9- Comme tu sais plus où donner de la tête, tu deviens esclave de tes habitudes, et comme tu fais tout le temps la même chose, ton système immunitaire baisse encore plus. Ce qui était à la base une réaction de défense contre le stress, tu l’actionnes désormais pour n’importe quel petit stimulus : un PV, une remarque d’un vieux à la poste, ta souris d’ordi qui beugue, tout est bon à prendre pour te plonger dans ton vice de choix. Le fait même d’être en vie est suffisamment chiant pour que tu cherches toutes les façons d’oublier le vide existentiel qui t’habite, et tu vas chercher bonheur et identité dans tes marques préférées. Tu te souviens de Hegel et sa théorie du maître et de l’esclave ? En fait le maître devient facilement esclave, tout simplement paskil ne prend plus de risques. Enfermé dans ton cocon d’hyper-individualisme, tu bandes sous les contraintes de ton Iphone, FitBit, job ou même ton couple.

Choisis bien ta team, deuxième édition

10- Pour oublier qu’en vrai t’es certain d’être une merde présomptueuse incapable, tu te réfugies sur Tinder ou Twitter, ou tu mates du Spielberg, mais si tu constates que t’as que 170 followers, tu t’auto-diagnostiques le syndrome d’Asperger, et ça te fait peur. Slam du jour, bonjour.

La validation externe digérée, internalisée, vomie, remâchée, bref on sait pu trop

 

11- Mais en même temps, ça te donne l’impression d’être différent (c’est à dire pas neurotypique, ptit nom donné aux pauvres connards normaux ne présentant aucun trouble du développement), de porter une souffrance qui te distingue des autres, d’avoir donc ta place « exotique ». La compétition forcenée, tu la troques pour la compétition victimaire. Tes traumas deviennent ta marque de fabrique, ta fierté, ta revendication, voire ton biz. Avoir souffert te donne tous les droits, d’être puissant d’être impuissant : en effet ma poule, t’as bien raison, tu peux pas changer le passé, et tu décides que ses conséquences non plus, tu les changeras pas.

Ce petit mot doux de la part d’un adulte, genre « t’es nul », qui fera de toi le male alpha que tu es devenu..

12- Ne te restent plus que deux solutions pour survivre: être un gagnant overachiever dans un monde déprimant, ou un under-achiever dépressif dans un monde ou n’importe qui peut réussir avec un peu de bonne volonté. Bref, la pression est telle que tu t’interdis de faire cette pause sacrée qui te permettrait de te détester un tout petit peu moins. Et te ferait comprendre que ton potentiel est en vrai, illimité. D’ailleurs juste pour info, où trouves-tu la pure potentialité ? Dans le vide. Le vide entre les molécules, entre les étoiles… Mais ça le vide, ton ego vorace il aime pas trop.

12- Tu fais donc plein de trucs tout le temps, pour te prouver que tu existes, que tu es utile et différent. Tu restes constamment sur le qui-vive de nouvelles opportunités : le concert du siècle, le coup du siècle, le taf du siècle, les potes du siècle, le voyage du siècle. Tu multitaskes à la perfection et surfes entre public/privé, taf/loisirs, mais tu te retrouves plus à procrastiner qu’autre chose et à mouliner dans le vide, incapable de te concentrer sur une tâche plus de trente secondes. La tension a remplacé l’attention. Comme tout bon hyperactif, tu t’oublies toi-même et te dis que « tu te reposeras quand tu seras mort ».

13- Ton système orthosympathique est alors tout le temps allumé, comme si un danger immédiat te menaçait, sauf que pas trop, en fait. Alors ok, ya bien : les licenciements massifs. La probable troisième guerre mondiale. Le fait que tes vieux n’auront sûrement pas assez de fric pour se payer un mouroir et que tu devras donc leur torcher le fion jusqu’à leur dernier souffle. Le fait que 2/3 des mariages finissent en divorce sanglant. Les « attentats ». J’avoue, c’est pas de tout repos (lolilol). Ceci se rajoute aux pressions quotidiennes basiques : payer ton crédit/loyer, gérer tes gosses névrosés, rendre ce putain de dossier/devoir à temps, sucer régulièrement ton mec pour pas qu’il se barre avec la voisine, choper une promotion au taf pour que maman arrête de te traiter comme si t’avais toujours 8 ans, aller 3 fois à la salle de sport/semaine pour rentrer dans ton string, bouffer bio pour pas te choper un cancer.

Pourtant…

14- Assailli de toutes parts par les choix et possibilités, tu planifies 20mn quotidiennes de méditation chopée sur youtoube dans ton bullet journal. Sauf que ça devient une pression supplémentaire plus qu’autre chose, celle d’avoir « un esprit sain dans un corps sain ».

15- Et pi d’abord, à quoi ça sert d’avoir un corps sain alors kia plus trop de raison d’être en forme (en forme de quoi, lol) ? Pour faire des gosses et les foutre dans ce merdier ? Pour gagner du fric et être un sale riche et payer plus d’impôts ? Depuis que Nietzsche a achevé Dieu, ya pu de promesse d’au-delà molletonné, à part si t’es djihadiste. Le Quoi a remplacé le Pourquoi. T’es coincé dans ce corps de mortel jusqu’à ce que mort s’en suive, et ya peu de chance qu’on se souvienne de toi quand tu partiras. A part si t’es djihadiste. Comique de répétition, je sais.

La validation interne… externalisée.

 

16- Ton seul projet, c’est toi. Tu te retrouves dans une toute possibilité vide de sens : pas de danger immédiat, pas d’ennemi mortel, pas de maladie, et pas de manque cruel. Ton système immunitaire se désactive, puisque t’as plus aucune souveraineté interne qui doive lutter contre des trucs extérieurs. Tu cultives donc maladroitement tes « caractéristiques » et te sculptes des abdos en béton, cherches Dieu, maroufles ton appart, vas voir un psy. Comme dit Heidegger, tu troques la pensée méditante pour la pensée calculante, et ça te rend encore plus accro à ton smartphone.

17- Pire, tu te mets à péter plus haut que ton cul et te permets d’interpréter tout ce qu’il se passe, à en avoir ta ptite opinion opiniâtre. Tu en viens même à faire ce que ce qu’Eric Baret considère comme « une forme de fascisme » : tu prétends avoir le pouvoir d’aider les autres alors que ta vie est le pire bordel. Tu sauves des baleines sur facebook, ou pries pour les pauvres, ou tractes pour ton candidat politique, pensant changer le monde.

18- Tu deviens même parfois ton propre patron, un rêve de gosse qui te permet de ne plus être un esclave. Quoi que? En tout cas, peut être qu’en bossant H24, tu pourras bientôt tenir la vie des gens dans tes mains. Pasque n’oublie pas ma couille, « quand on veut, on peut », c’est le plus important. Et si ça plaît pas au reste du monde, comme le pense ce gros connard, ça renforce ta certitude d’être dans ton bon droit.

19- Dans ce trop plein de oui et ce trop peu de non, tu peux donc te lâcher et taper ta crise d’adolescence pépère, quel que soit ton âge. Le droit de ne pas se contrôler, le YOLO intégral, l’hédonisme salace sont les normes de l’ici-maintenant. C’est tous les jours vendredi car tout est tout le temps permis. Par exemple, si tu butes ta meuf, tu ne feras que 3-4 ans de taule, donc tu vois, même la justice trouve que bon, ça va, quelque part ya rien de trop grave, tsé.

Conclusion: si tu déprimes pas, c’est que t’es un putain de sociopathe

20- Pasqu’en fait, la dépression a du bon. Ça semble contrintuitif mais keudz en fait. Si tu décides de l’accueillir, la tristesse peut t’aider à tout plein de choses:

  • Assumer ta vulnérabilité d’être mortel (donc guérir ta peur de crever)
  • Te protéger des pressions externes -et souvent internes, puisqu’imaginaires ou construites à partir de ton conditionnement… biais cognitifs powaaaa
  • Te laisser faire cette foutue pause sacrée dans le non-faire et te laisser simplement être (triste), donc te reposer
  • Laisser de la place dans ton gestionnaire des tâches afin que tes ptites neurones puissent bosser tranquilou sur ce qui te met en bad
  • Et donc, trouver des solusses à tes emmerdes, ou juste comprendre que t’en as pas, des emmerdes

Vive la dépression, donc! Mais attention, si elle dure depuis plus de 3 mois, consulte un pro, on rigole pas avec ça (lol). Le seul souci avec la dépression, c’est qu’elle est souvent sans objet, comme la rage et l’anxiété qui diffèrent de la colère et de la peur qui elles, ont un objet précis. quand tu perds un proche, t’es déprimé certes car t’es en deuil, mais ça, c’est une réaction à un stimulus précis. La dépression, c’est la mélancolie du pauvre d’esprit, de la fashion victim, du hipster ou du riche: seules les âmes déchirées, les artistes, ont droit à la mélancolie (in english). C’est injuste? Oui. Mais la vie est une chienne, deal with it mon ami. Allez tiens, jte laisse, ya ma pinte/nouvel Iphone/plan Q/session Netflix qui arrive!

 

 

 

 

 

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